Critiques

Denis Tchangou plays Classicals !

Denis Tchangou est batteur et percussionniste ingénieux et surtout arrangeur de talent, hélas pas encore assez connu, à mon sens, dans son pays d’origine, le Cameroun. Revisiter les standards de musique, quels qu’en soient les genres, en les marinant dans cette folle polyrythmie et polyphonie africaine participe de sa démarche esthétique que l’album Gombo Orchestra (2004) restitue de manière fort intéressante ! En effet, prendre le pari de revisiter des classiques de musique aussi célèbres que «Let It Be», «Georgia», «No Woman No Cry», «Oye Como Va» ou «I Feel Good», avec cette réappropriation qui donne une coloration toute particulière à des tubes dont le souvenir auditif toujours heureux pour le cas d’espèce constitue déjà à lui seul une sorte de limite esthétique indépassable (ce qui par conséquent transforme l’initiative de Denis Tchangou en un pari totalement fou !), apparaît comme une initiative qu’il nous faut saluer des deux mains !  Ajoutons rapidement, et pour la gouverne des fidèles lecteurs de cette page et surtout pour ceux et celles qui le découvriront ici, qu’il avait déjà fait, et avec un égal bonheur, la même chose avec les chansons de Georges Brassens !

Gombo Orchestra, entièrement produit et arrangé par Denis Tchangou, présente un travail remarquable à maints égards, aussi bien dans l’interprétation que dans les différentes orchestrations et surtout dans cette manière particulière de superposer une nouvelle émotion qui n’entre pas en conflit avec celle que provoque légitimement l’écoute des copies originelles des tubes repris ici en l’occurrence. Pour moi qui n’aime pas beaucoup les reprises justement, j’en suis ressorti carrément bluffé ! Mais, faut-il préalablement préciser que le Gombo Orchestra créé en 2003 (c’est aussi le nom du groupe [Entendez : l’orchestre des «gombistes», accompagnateurs de qualité] qui réunit en son sein des requins de studio tels Coco Mbassi, Valérie Ekoumé ou Valérie Belinga, etc. pour les filles ; Denis Tchangou lui-même, Kristo Numpuby, Seïdou Mastongono, Olivier Serigba, etc. pour les garçons est constitué de joyeux drilles dotés d’une grande culture musicale et professionnels jusqu’au bout des doigts, au départ : comme quoi, il n’y a pas de hasard dans la…musique ! Le résultat est fascinant.

denis Tchangou
Denis Tchangou à Yaoundé.

Le groupe Vibrations, jadis, et plus proche de nous et depuis qu’il est (rentré ?) au pays, André Manga, s’inscrivent aussi dans la même veine : reprendre africainement les partitions des musiques que nous aimons tous, au-delà des frontières physique et culturelle en proposant des interprétations qui, sans dénaturer les mélodies connues, propose de nouvelles clés de compréhension de cette démarche de création toujours appelée à se dépasser, à élargir son horizon esthétique. Et, pour cela, il faut du talent et beaucoup de travail, comme on peut s’en douter. Le Gombo Orchestra a payé sa dette et confirmé sa réputation non surfaite avec cet album fondamentalement Back to Roots, si j’ose dire, dont je vous recommande vivement l’écoute ! C’est pourquoi ses 12 titres sont à écouter et à réécouter inlassablement en ces moments où notre «vivre ensemble» est mis à mal par des gens qui gagneraient à suivre une thérapie de groupe, une analyse transactionnelle à base musicale. Cet album, je crois bien -il y’en a d’autres- ferait très bien l’affaire. Réécoutez son interprétation du planétaire «Yesterday» ou celle de «On Broadway» de George Benson, et vous comprendrez. Déjà, je serai bien curieux d’écouter le «Ye Malé» (Tim & Foty), le «Soul Man» (Sam and Dave) ou le «Mercy, Mercy, Mercy» (version Cannonball Adderley, Quintet de 1966) sorti de la tête de ce grand esprit qu’est finalement Tchangou !

Joseph Owona Ntsama

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