Chroniques

Là où le courant passe, l’aimant ne peut pas tenter

Les différentes classes de mes trois muna ont été choisies pour faire le loko au défilé du 20 mai. Il y a quelqu’un dans notre nlong-ci qui va ya bad quand il va entendre ça. En tout cas tant pis pour lui. Il n’a qu’à aller chier aux rails. Donc quand mon Ma-Massa a appris cette bonne nouvelle il a dit : «Never ! No one day ! Mes enfants ne vont pas go à ce défilé de la désunité». Je n’ai moi rien dit quand il a djoss ça. J’ai nack mon calmos. D’ailleurs, les enfants eux-mêmes voulaient go. Il allait se placer où pour les bloquer qu’ils ne go pas ? Mais c’est quand il a dit : «Espèce de francofrog !» que moi aussi j’ai dit : «francofrog toi-même ! Bamenda ! Anglofou ! Biafra !».

Il est mon homme, c’est vrai. Ensemble nous avons des enfants, c’est le choukaki alors ! Mais s’il veut qu’on enlève l’huile dans la marmite pour verser sur le feu, on va sauf que faire comme ça. Il y a combien d’Anglais qui parlent le Medumba ou combien de Français qui parlent le Bakwéri ? Make he go nang dis-donc ! Nous tous nous avons les mêmes problèmes dans ce pays : il n’y a pas de routes pour enlever la nourriture au champ, pas de travail, pas de comprimés à l’hôpital, les fonctionnaires sont un million de fois plus riches que les hommes du business, seulement les vaccins njoh, gratuits, partout. D’ailleurs n’est-ce pas nous-mêmes, nous quittons Douala pour aller nous soigner à Acha parce que c’est moins cher et ndolè ? Donc il veut dire que si je m’appelle Tabapsi et je  bois un remède dont le carton de ça est écrit en anglais je ne vais pas guérir parce que je ne m’appelle pas Wirimba ou Ayuk ou Tamarong, hein !


Je lui ai alors djoss sans tarder que le couscous c’est l’Ambazonie et la sauce c’est le Cameroun, que comme il est Ambazonien ambazoniste-là qu’il mange son Ambazonie tranquille. Il a alors poussé son plat au sol kongkolong ! J’ai pris ma chose, j’ai nettoyé et je me suis mise à manger dans le kass-qui-blo-der, comme le moteur d’une voiture qui ne fait pas de bruit. C’est comme ça que j’ai nyama l’Ambazonie et le Cameroun dans le même plat.

La chance a alors fait mon Massa est back tard et il m’a dit qu’il a faim. Je lui ai alors servi le couscous sans sauce et moi-même je me suis servi la sauce kèlengkèleng sans couscous. Pendant qu’il attendait que je lui donne sa part de couscous de maïs, je buvais moi mon kèlengkèleng sofrè-sofrè. Il gronda: «où est ma part de sauce ???» Je lui ai alors djoss sans tarder que le couscous c’est l’Ambazonie et la sauce c’est le Cameroun, que comme il est Ambazonien ambazoniste-là qu’il mange son Ambazonie tranquille. Il a alors poussé son plat au sol kongkolong ! J’ai pris ma chose, j’ai nettoyé et je me suis mise à manger dans le kass-qui-blo-der, comme le moteur d’une voiture qui ne fait pas de bruit. C’est comme ça que j’ai nyama l’Ambazonie et le Cameroun dans le même plat.

Quand j’ai bolè, je suis moi allée ma chose dans la cuisine avec mon plat et le plat cassé. Je rangeais les choses en sifflotant. Et voilà que je vois le gars djoum à la cuisine avec la face attachée d’un sans-papier qu’on est en train de vouloir chasser. Je ne peux pas dire qu’il criait ou hurlait, il nyassait les mots comme quelqu’un qui a fait un an sans nyass ; en même temps, il a fermé la main comme s’il veut venir libérer un nto’ sur ma face… Il y avait le pilon à côté de moi… J’ai mis ma main sur ça et j’ai dit : «Tente ! Tente voir ! Il n’y a pas les Droits de l’homme ici, hein ! Essaye et je vais te montrer que là où le courant passe, l’aimant ne peut pas tenter de mettre les pieds sans pah, sans perdre la tête. Puisque tu veux sécessionner, sache donc que c’est comme ça que je vais te servir désormais. Ou c’est la sauce ou c’est le complément ; jamais les deux à la fois. Quand on a dit aux fonctionnaires d’aller à la banque faire les dossiers de comptage des têtes, tu ne pouvais pas dire que tu ne pars pas ? N’est-ce pas tu étais même parmi les premiers à courir dans ta banque ? Démissionnes, tu pars rester en Ambazonie pour attendre l’indépendance ! Un professeur de physiques est bête ? Je n’ai jamais vu ça. Au lieu d’attacher les grigris sur les routes et couper les têtes des Black legs, démissionnez tous, vous rentrez alors dans votre fameux pays. Comme ça on va voir que vous êtes plus sérieux qu’un moustique qui suce le sang».

Kemadjou Njanke Marcel [Cette chronique a été initialement publiée dans la version papier daté de mai-juin 2018]

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