Chroniques

Club Intwari, Sacrés gladiateurs !

Chez eux, tout fascine. Ou presque. À l’ouverture de la semaine culturelle samedi dernier à l’esplanade du Musée national, ils étaient là. Bien là. Sanglés dans leurs tenues rutilantes et multicolores de gladiateurs des temps modernes, les muscles saillants au vent, les sourires barrant des visages gais, les cheveux en bataille et les corps en mouvement. Eux, ce sont les dix membres du groupe dénommé Club Intwari. Eux dont la prestation a marqué les esprits dans une nuit dont ils étaient la seule étoile. Devant un parterre de fonctionnaires et de diplomates abasourdis par un talent et une prestation à la mesure de leur réputation.

C’est en effet à ce groupe qu’est revenu l’honneur de boucler le premier acte de la semaine culturelle allemande The Burden of Memory en novembre 2019. Et pour ce faire, il a su convoquer une panoplie d’artifices artistiques où la polyvalence et le mouvement le disputaient à un moment de tension sur une thématique glaciale. Ils ont su donner de la joie dans un moment grave. D’abord par une procession maîtrisée. Sortie de l’arrière de la tribune, ils ont contourné la scène sur laquelle ils ont finalement installé huit tambours. Procession soutenu par un chant de guerriers et agrémentés de danses à la grâce certaine, loin de leurs devanciers du Ballet national camerounais dont les contorsions flirtaient plus avec le sport dans des mouvements plus saccadés et rapides.

Les tambours avant de hurler leurs grondements ont d’abord laissé place au chant. Une sorte de ritournelle dans une langue inconnue. Sagaie en mains, le danseur en chef, positionné en tête de gondole, épousait une écriture chorégraphiée dans un environnement physique pollué. Chant accompagné de danses en ruptures où le saut en rythmait la mesure. Dans le même temps, tambours sur la tête, les musiciens, à un rythme coordonné, frappaient de leurs lourds bâtons les peaux tendus sur les tambours et qui prolongeaient leurs fronts.

Une fois sur la scène, dans une scénographie en demi-lune, les musiciens se mirent à faire résonner les gongs dans un ciel soudainement assombri. Pouvaient alors e mêler chant, danse et cadence. Le tout dans une écriture scénique simple que même les changements de position des dix protagonistes ne parvenaient pas à troubler. Cloués par cette narration stylistique qui faisait la part belle aux frappes coordonnés de tambours entrecoupés de chants, le public devint studieux. Avant de claquer les doigts à chaque variation de rythme. En les regardant, l’on pouvait deviner la force de ces cultures que la colonisation, pas seulement allemande au demeurant, avait tenté d’effacer aux prix de mille atrocités et de la négation même de l’humain. Message puissant que même la pluie intervenue en fin d’expression ne parvint pas à écouter. Preuve s’il en était que la foi en soi et en ses racines pouvait vous armer pour affronter toutes les tempêtes.

Certains des absents du soir ont pu mesurer la compétence de cette troupe hier soir dans les jardins de la Galeie d’Art Contemporain de Yaoundé (GACY). Une autre performance qui a rappelé sans doute aux Camerounais qu’il fut un temps pas si lointain où le groupe Abiali Percussions aurait pu donner le change dans un dialogue rythmique et scénique qui restera malheureusement au stade du rêve, ce groupe de percussionnistes s’étant disloqué quelques années seulement après sa création.

Parfait Tabapsi

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