Critiques

Equal Access prône la paix par la musique

A l’initiative de cette Ong, le Collectif De’ende a mis dans les bacs un single dénommé  Gondal pour sensibiliser sur la paix au Cameroun, Etat en guerre.

Le géant Africain Fela Anikulapo Kuti avait un jour dit que la musique serait l’arme du futur. Celle-là qui aiderait à se débarrasser de la peur, à renforcer l’amour et la solidarité, à conscientiser les masses sur les dangers divers afin que le mieux-être et la vie meilleure règnent sur cette terre traversée par des spasmes meurtriers et par de chaotiques conjonctures où l’humain a depuis été relégué à la périphérie par des valeurs destructives et diaboliques. Au mitan des années 80 déjà, un autre géant, Manu Dibango cette fois-là, eût la bonne idée de prendre au mot son confrère nigérian pour rassembler autour du projet Tam-Tam pour l’Ethiopie nombre de figures de la musique africaine. Ce qui permit non seulement de venir en aide aux victimes d’une famine ravageuse, mais également d’attirer l’attention, du fait de son aura et de celle de ses camarades de cette aventure heureuse, sur la famine qui avait fait son lit dans ce pays de la corne de l’Afrique et dont les images infâmantes ont depuis fait le tour du monde.

Plus de trois décennies plus loin, voici que l’Ong Equal Success International, par sa section Cameroun, a porté aux nues un projet similaire. Ou à tout le moins en écho de celui de Manu, en son propre pays. Un projet artistique et sociologique qui a pour nom «Gondal» (un terme fufuldé qui veut dire en français Vivre ensemble). Une véritable bouffée d’air dans un pays en guerre depuis quelques années maintenant contre un ennemi difficile à circonscrire que l’on nomme Boko Haram et qui a déjà fait des centaines de victimes, y compris parmi les populations civiles.

«Nous sommes un !» scandent Isnebo et ses jeunes compagnons. Un artiste connu qui a revêtu la tunique d’ambassadeur de ce projet et dont le talent, indiscutable, irradie sur ses jeunes camarades de cordée. En français, en anglais et en fufuldé, cette joyeuse fratrie artistique exhorte à travers un message ciselé à plus de considération pour la valeur paix qui grelotte dans la partie septentrionale d’un pays meurtri. Et ce dans une approche artistique qui emprunte à la fois à l’urbain et au riche folklore local. Le ngoni côtoie ainsi allègrement la programmation d’une batterie qui vibre au rythme d’une saccade martiale, un peu pour dire l’urgence de la remise en selle des valeurs de solidarité, d’union et de partage fondamentales au retour de la paix tant souhaitée.

Le 26 août 2017, le public camerounais a pu jauger cette création musicale au cours d’un live à Garoua. Le retour fut des plus enthousiastes tant les artistes du projet y sont adulés. Mais pas seulement ! La qualité du rendu de ce thème y devait être pour quelque chose. Ce qui n’a pas manqué de plaire aux responsables d’Equal Access Cameroun, promoteurs du projet. Eux qui depuis moins de deux ans essaient d’instiller dans les communautés cet esprit du vivre ensemble à travers des activités variées dont des programmes radiophoniques diffusés sur des ondes des radios communautaires. Cela avec l’ambition affichée et même réclamée de la contribution à l’avènement d’un changement social positif pour des peuplades souvent en proie à la fièvre communautariste, voire séparatiste.

En décidant de réaliser une version vidéo du projet, les promoteurs ont vu grand tant l’image sait figer les idées dans les esprits. Le clip, réalisé par Kader Yodi, est ainsi dépouillé et transpire la félicité recherchée dans un espace géographique gagné par la stupeur et le doute. Les chanteurs y vont de leur talent et déclament leur texte avec une empathie et une détermination que la joie sur leur visage véhicule à merveille. Toutes choses qui ouvrent la porte à ce réarmement moral à inoculer chez tous les humains afin que tolérance et solidarité puissent y trouver un havre favorable dans la longue marche du monde. Il ne reste plus qu’à espérer qu’Equal Access Cameroun trouvera les astuces nécessaire à la consolidation de son message auprès des populations à qui elle donne déjà la parole et écoute à travers son partenariat avec une quinzaine de radios communautaires où elle organise des formations, fournit des équipements, produits des émissions et anime une fournée de reporters de terrain.

Mais déjà, l’écoute de cette musique rappelle une autre. Celle-là écrite en 1997 pour le compte de la campagne de la Croix Rouge Internationale sur la guerre en Afrique par le compositeur de génie Wally Badarou et intitulée «So Why ? ». Où l’on avait entendu le chanteur sud-africain Jabu Bayete rappeler que «Reconciliation is the key of Africa», surtout pour les nouvelles générations, renchérissait son compère sénégalais Youssou Ndour. Et si depuis les guerres se sont démultipliées, il reste que le génie artistique continue d’être sollicité car si c’est bien dans le cœur des gens que naissent les guerres c’est par leur âme qu’elles s’arrêteront.

Parfait Tabapsi

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