Critiques

Expo : « Sommes-nous encore libres ? »

Fleury Ngamele a exposé à la Maison de la culture et de la danse à Douala  sa première œuvre d’art contemporain Chaines et Rituels, une installation qui questionne notre rapport à liberté.

Après avoir pendant une vingtaine d’années créé des scénographies dans les arts vivants et les arts visuels où il bâti sa réputation, Fleury Benjamin Ngamele a fait son entrée dans l’art contemporain à travers son expo Chaines et Rituels à la Maison de la culture et de la danse (MCD), à Douala, du 11 octobre au 09 novembre 2019.

L’installation se décline en une carte du monde de teinte violette dessinée sur un large pan de mur, où sont inscrites des séries de numéros binaires. De grosses boules de béton incrustées au mur retiennent des chaines de différentes épaisseurs. A la terminaison de chaque chaine, se trouve une bouilloire de couleur unique, illuminée de l’intérieur.

Né en 1975, Ngamele en établissant une connexion entre les chaines et les bouilloires propose une réflexion sur la question du statut de la liberté et de la conscience de l’être humain dans ses actes de raison et de foi. Celui-ci serait ainsi sujet et producteur d’un certain nombre de chaines du rituel dans actes quotidiens inoffensifs jusqu’à la manifestation de sa volonté de puissance, de conquête, d’expansion et de domination. L’artiste cite par exemple les chaines de la peur, les chaines du genre, les chaines de la République, les chaines de la religion, etc.

Par le caractère ferreux et rigide des chaines qui induirait un certain esprit cartésien, la terminaison par les bouilloires projette une quête d’illumination et de transcendance. Chaines et Rituels interpelle notre capacité à briser les liens de notre démesure à exister, de réalisation et d’affirmation de soi. Finalement, quel pouvoir de liberté de penser et d’agir  nous suggère la lumière contenue dans les bouilloires ? Peut-être de devoir sortir du déterminisme.

Le rendu visuel de l’installation est remarquable par sa simplicité et la symbolique des matériaux. Son actualité dérange quelque peu l’ordre immuable de certaines de nos habitudes. «Comment parvenons-nous dans la construction de notre être et devenir, dans l’exercice de nos libertés à créer ou à nous engrener dans des chaines porteuses de nos rituels ?», s’interroge Ngamele.

Chaines et Rituels a été rendu possible grâce aux actions de mécénat de la MCD, de Pimo Consulting et Distribution ainsi que de KiKi Entertainment et de nombreux particuliers. La Galerie d’art contemporain de Yaoundé (Gacy) accueillera l’expo en février 2020.

Martin Anguissa

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