Critiques

Sur la tombe de Sony Labou Tansi

Avec « Antoine m’a vendu son destin/Sony chez les chiens », le comédien et metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna replace l’écrivain/artiste au centre du chaos de la cité.

Dieudonné Niangouna, il faut aller le chercher pour le retrouver au théâtre. Ce lieu de pugilat par excellence à ses yeux. Pugilat des mots et des séquences pour rendre intelligible la réalité transposée sur la scène. Pugilat de la scène avec le public, de la narration avec les émotions, du verbe avec l’action.

C’est à cette aune qu’il faut, une nouvelle fois, apprécier la proposition esthétique d’un Niangouna qui aime jouer avec le chaos. Avec Antoine m’a vendu son destin/Sony chez les chiens, il rend à la fois hommage à l’un de ses maître-à-penser (l’écrivain et metteur en scène Sony Labou Tansi) et interroge la place de l’écrivain et de l’artiste dans la cité. Une cité occupée en grande partie par des citoyens qui n’en sont pas, qui aboient plutôt que de parler, qui vivotent plutôt que de vivre. Un chaos au sommet duquel trône un leader (Antoine) qui décide de simuler son retrait. Une simulation qui donne l’occasion à d’autres, une fois le leader emprisonné, de lui faire la peau et de le remplacer avec alacrité. Ce qui a le donc de créer une tension dramatique que les dialogues torrentiels finissent d’asseoir.


Sur la scène, cette esthétique du chaos s’exprime par une pièce mobile où reposent colifichets, talismans, amulettes et autres fétiches. Y reposent même les restes d’un Antoine finalement décédé. Les séquences sont parfois violentes, souvent pleines d’un torrent verbal qu’exhale un dialogue rugueux et tendu.

Ce spectacle qui, a été joué sur les planches de Hanovre à l’occasion du Festival Theater Formen en juin 2017, est ainsi une odyssée dans le chaos qui résulte d’une politique d’exclusion du plus grand nombre. Aux yeux de Niangouna, l’artiste/écrivain apparaît alors comme ce veilleur qui par ses mots, son oeuvre donne une réplique cinglante au chaos, lui tient même tête. Avec la figure de Sony Labou Tansi en effet, le metteur en scène congolais insiste sur la place centrale que doit occuper l’homme de lettres dans la société humaine où le plaisir, la luxure ou le sadisme ont pris toute la place. Alors il appuie sur le bouton de la prise de conscience en un espace où la tête refuse de réfléchir, n’a pas le temps de réfléchir.

Sur la scène, cette esthétique du chaos s’exprime par une pièce mobile où reposent colifichets, talismans, amulettes et autres fétiches. Y reposent même les restes d’un Antoine finalement décédé. Les séquences sont parfois violentes, souvent pleines d’un torrent verbal qu’exhale un dialogue rugueux et tendu. Les deux comédiens, qui interprètent plusieurs rôles en fait, sont en forme et muent au gré des situations de la pièce en éprouvant leurs corps dans le processus de mutation. La narration s’achève par une sorte de danse funéraire sur la tombe de Sony. Où durant une vingtaine de minutes, Niangouna célèbre à sa manière son héros en déclarant une sorte de deuil de son âme. Ame qui continue de le hanter et de nourrir ses expériences artistiques. Ame que renferme le texte qu’il a entamé sans terminer et qui constitue l’un des matériaux de cette pièce. Ame que Niangouna veut sans doute insuffler chez le spectateur afin de l’aider à se débarrasser de la mentalité d’aboyeur.

Antoine m’a vendu son destin. Sony chez les chiens de Sony Labou Tansi & Dieudonné Niangouna ; avec Diarétou Keita et Dieudonné Niangouna, Compagnie Les bruits de la rue, février 2017 ; 90 mn

Parfait Tabapsi à Hanovre

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