Critiques

« Trois » entre commémoration et maturation !

La toute dernière exposition du plasticien Joel Mpah Dooh – Trois – vernie le 21 décembre 2016 à  la galerie Mam (à Douala, Bonanjo) aura donc convaincu les sceptiques par sa qualité, son retentissement et son éclat. Et c’est le moins que l’on puisse dire ! Pour ceux qui connaissent le niveau d’organisation et de réputation de la galerie, il ne pouvait en être autrement. Mais, j’avoue qu’au-delà même de cette «culture de l’exquis» et de cette exigence qui caractérisent la mise en place des projets en ce lieu mythique qui a le mérite d’avoir contribué à sa manière à la reconnaissance de l’art contemporain au Cameroun, il y avait dans ce double évènement, une certaine intellection qu’il faut reconnaître; une disposition que le commissaire Simon Njami a, à juste titre, évoqué dans le texte qui accompagnait l’exposition en ces termes : la maturité.

 Loin de moi l’idée de vouloir laisser entendre que les plus de 20 ans de dur labeur égrappés sur le terrain, in situ ou hors champ du triangle national, par l’un et l’autre (l’artiste et la galerie), à créer du lien social, un certain contenu et une approche économique pour le moins favorables à l’expansion de cette notion parfois encore mal comprise ici – art contemporain -, n’ont été gratifiés de cette reconnaissance qu’à cette occasion, tant on sait qu’il y a bien plus d’une décennie déjà que les deux entités produisent, indépendamment l’une de l’autre, un travail digne d’intérêt et équivalent à celui de quelques pointures de l’art contemporain ailleurs. Le terme maturation, qui au-delà de ce qu’il représente quant au décompte du nombre d’années d’existence – 21 – de ce lieu dans le paysage camerounais et à son couplage avec le créateur en question, renvoie à quelque chose de bien plus composé; une chose que j’ai alors eu en tant qu’invité à cette agape, l’occasion de (re)côtoyer du regard.

Maturation car, le travail de Joel Mpah Dooh est sans cesse en ébullition. L’un ne pouvant être que le produit de l’autre. S’il y a en effet une constance dans son travail, celle-ci n’est rien d’autre que le questionnement permanent des formes et des matériaux qui en font/sont le réceptacle. Et à cette nouvelle exposition, il a en effet été question de cette exploration au-delà des limites esthético-matérielles habituelles. Dans un aboutissement dont lui seul au secret. On sait son intérêt pour la tôle. Tout comme on sait qu’il y a une dizaine d’années voire bien plus, quand il s’y mettait, d’autres étaient déjà passés par-là. Explorant cette voie, sans pour autant y laisser d’aussi profondes et notoires «empreintes». D’autres sont d’ailleurs arrivés beaucoup plus tard, et semblent s’être pris au vilain jeu de la tendance… ! JMD, quant à lui, ferme et attachant, seul, persiste et cristallise dans un Douala qui transpire et fourmille de matières et de plasticiens en quête de notoriété, la vision d’une matérialité plastique qui ne cesse d’apprivoiser les cœurs de collectionneurs et d’art dealers à travers le monde.

Son travail sur plexiglas n’est pas de reste dans cette quête permanente de transcendance. Au finish, ses grands formats, d’une impressionnante simplicité, mais également nimbés d’une légère touche de charade visuelle ; où de sombres aplats et des nuances de rouge, de magenta et de gris se disputent de manière tempérée la surface de la «toile» avec des figures qui rappellent à la fois l’esthétique débridée de J.M Basquiat et des «zones de tampon» qui suggèrent le silence emphatique et éclatant des «plaines» de Mark Rothko, soigneusement accrochées aux murs de la galerie, laissèrent pantois plus d’un qui ne s’en lassèrent guère. Il lui arrive aussi de faire des performances. Et dans ces «mises en scène» calibrées sur mesure, le sexagénaire se donne en spectacle, souvent vêtu d’une combinaison ou non, dans une cadence qui trahit son addiction musicale: JMD est un vif mélomane, adepte de Jazz.

Landry Mbassi

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