Critiques

Théâtre : Sufo Sufo met l’Afrique debout un pied

La  pièce de théâtre « Debout un pied » qui ne cesse d’engranger des lauriers a été joué en grande première à l’IFC de Yaoundé en juin 2018. Un spectacle haletant et interrogateur sur le phénomène de l’immigration clandestine.
Après une série de lectures au Cameroun et à l’étranger, Debout un pied, la pièce de théâtre écrite par Denis Sufo Sufo, Prix SACD 2017, était très attendu sur les planches par les férus du 5e art. Chose faite donc  avec la double représentation des 14 et 15 juin 2018, à l’Institut français du Cameroun à Yaoundé. Malgré sa faible présence, le public a vécu un vrai moment de théâtre pendant 1h30 mn, comme on en  voit de moins en moins au Cameroun. En s’emparant des rênes de la mise en scène, le dramaturge camerounais a voulu sans doute assumer la totalité du souffle de son œuvre, de l’écriture à la scène. Au bout, il a livré un spectacle  original, captivant, d’une rare charge psychodramatique sur la question de l’immigration clandestine.

L’histoire  de Debout un pied se déroule sur le quai d’un  port  africain, probablement au Cameroun, si on se réfère aux indices langagiers et faits contextuels contenus dans le récit. Oméga Dream (Patrick  Daheu) et Julie Rose (Léonie Ngo Noumba) camouflés à ciel ouvert derrière des bouées de sauvetage superposées que surplombe un lampadaire discutent sur les raisons de leur volonté de partir, ceci en attendant l’arrivée de Benson-de-la-mer (Junior Esseba), le légendaire passeur cinq étoiles, qui les aiderait à embarquer clandestinement  à bord dans un bateau dont le capitaine serait Allemand. 23 ans déjà que Omega Dream campe sur le terminal à bateaux et qu’il essaie de quitter, d’échapper à son  pays  sans succès. Un pays où la paix est de trop, où  le silence a fini par paralyser ceux qui se sont tellement tus. En jouant à cache-cache avec les flics, Omega Dream et Julie Rose  ne se découragent point de quitter leur pays. Partir vrai, partir faux, il faut partir tout de même. Partir de ce pays où  on perd sa vie pour avoir bruyamment dit sa faim.

L’envie de migrer est tenace chez l’homme, mélangée à des hoquets d’amour pour Jolie Rose et l’appel des lendemains de paradis. Il tente de l’amener au bateau de force. Elle  s’y opposera, en l’absence de Benson de la mer, en s’échappant de son amant de circonstance. C’est sur ces entrefaites que va apparaitre le mystérieux et mythique Benson de la mer. Bref, interrogatoire pour savoir les mobiles du départ d’Oméga Dream. Eh bien, il faut donc partir de ce pays  qui ne te donne rien pour rester mais te mets les cales pour partir. Alors qu’ils troquent leurs accoutrements  contre des vêtements plus adéquats avant l’assaut sur l’embarcation, voici que ce produit l’incroyable : Benson de la mer n’est rien  d’autre que  Segar Etam, et Omega Dream, Fali Edimo. Deux vieux amis depuis l’enfance. 23 ans aussi que l’entourage de Segar Edimo sait qu’il a pris l’avion, voyagé légalement. Que non, il fut victime d’un réseau de passeurs. Et depuis, il se cache au port en attendant de sauter à son tour, à la première occasion, dans un bateau. 23 ans aussi  que son ami Fali Edimo séjourne au port pour le même destin. Dès lors, il faut partir de ce pays où on a un pied dans l’inconfort permanent. Mais Omega va exiger le retour de Jolie Rose avant d’embarquer. Sont-ils enfin partis ? C’est l’expectative dans le public. C’est aussi  la même  question que l’impérial et infatigable narrateur et meneur de rôles  Vhan Olsen Ndombo  va se poser en tombée de rideau.

 
Martin Anguissa

Debout  un pied de Sufo Sufo ; avec Léonie Ngo Youmba, Vhan Olsen Dombo, Patrick A. Daheu, Junior Esseba /Collaboration artistique: Melchior Delauney ; lumière, son et video de Melchior Delauney, Valéry Eboulé et Wilfried Nakeu ; Scénographie d’Alioum Moussa

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