Critiques

Cécile McLorin Salvant : A Star is Born !

Une présence vocale magnétique époustouflante ! Une voix… Une voix, surtout, qui m’a lointainement rappelé tout de go comme ça la chaleur vivifiante de celle d’une Ela Fitzgerald en duo avec Joe Pass : d’autres associations m’ont aussi rapidement traversé l’esprit tant j’étais comme percuté par une comète venue d’une planète peuplée d’extraterrestres ! Je dois vous avouer que j’ai été littéralement happé par le swing du premier titre «St Louis Gal» de cet album de 12 titres produit par Al Pryor [Woman Child, Mack Avenue, 2013] de Cécile McLorin Salvant ! Happé, c’est bien peu dire tant cet album a quelque chose d’extrêmement pur et d’assez magique à cause des univers acoustiques dont il participe : d’abord, un esprit très lounge music (musique jouée en cabaret sélect) constituée de très belles ballades ;, ensuite, du jazz très proche de l’orthodoxie en sus d’une dimension très music-hall («Nobody», «You Bring Out The Savage In Me», «Jitterbug Waltz») qui n’est pas pour me déplaire, au contraire !

En effet, à l’écoute de ce travail qui célèbre et réhabilite fondamentalement la ballade (Cf. l’excellent «Baby Have a Pity On Me») et un jazz d’une pureté exquise, bien sûr, on sent Cécile Mc Lorin Salvant et son Band proches de nous, au sens propre, dans son jeu et surtout pour l’émotion qu’elle veut absolument partager avec ce public fictif ou réel («Le front caché sur tes genoux» ou même «John Henry»), on sent, disais-je,cette capacité à créer du lien charnel et sensuel de manière quasi automatique qui constitue à mon sens l’une des forces de cet album dont je vous recommande naturellement l’écoute en boucle en ce mois.

Je suis convaincu que ce fut son secret caché qui lui a permis de recevoir deux nominations aux Grammy Awards (2014 et 2016), cela bien après qu’elle ait déjà remporté haut la main, en 2010, le premier prix du concours international de Jazz Vocal Thelonious Monk. Il n’est peut-être pas inutile de préciser que cette jeune dame, née en 1989, a fait ses classes de chant (lyrique et baroque notamment) et de piano au Conservatoire d’Aix-en-Provence (France). Donc de solides études incontournables, du talent inné et beaucoup d’abnégation au travail comme on peut le deviner. Si les influences vocales sont nombreuses et assez faciles à identifier comme on peut l’imaginer à l’écoute de cet album, à titre personnel, je ferais remonter cette filiation musicale atavique jusqu’à un Al Jarreau après l’écoute d’un titre comme «There’s a Lull in My Life».

Mais, il ne faudrait point se tromper, surtout pas : ce feeling incroyable dans la voix, cette maturité dans le changement chromatique de tessiture, ce contrôle de la respiration abdominale (Cf. «What A Little Moonlight Can Do»), ce pouvoir de réincarnation naturelle (elle a étrangement le faciès et la corpulence des plus grandes chanteuses noires de tous les temps !) et enfin cette osmose avec ses musiciens font de Cécile McLorin Salvant l’héritière en lignée directe des grandes chanteuses noires de l’Histoire du jazz tout court. Incontestablement.

Je crois, sans prétendre à quelques exagérations que ce soit, qu’on est là face à l’éclosion d’un véritable phénomène vocal, voire musical tout court, dont on entendra parler pendant longtemps encore, et au superlatif absolu ! Exactement comme son compatriote de génie, Christian Scott (Cf. Mosaïques, 56, septembre 2015, p.5), Cécile McLorin Salvant est un phénomène à découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas encore ! Grâce à elle et ces musiciens dont le jeu, dans cet album parfait, mérite à lui seul un article serré, le jazz, en sa spécificité vocale, prend résolument une toute autre dimension en revenant à sa plus simple expression, expressivité serait le terme davantage approprié en réalité. Bref, il faut écouter Woman Child parce que cet album est tout simplement MA-GI-QUE !

Joseph Owona Ntsama

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