Critiques

An Evening with Jazz !

À l’occasion de l’édition 2018 du Yaoundé-Jazz, des artistes américains et camerounais ont communié et donné du plaisir aux mélomanes de Yaoundé accourus au Centre culturel camerounais le 27 novembre 2018.

Depuis quelques années, et notamment un concert mémorable à ce qui n’était pas encore l’Institut Français, le grand public les avait perdus de vue. Même si ses membres continuaient pourtant d’écumer, en compagnie d’autres artistes, les scènes de la capitale politique camerounaise. Où leur science du jeu permettait à certains ici de s’affirmer, là-bas de confirmer ou même de donner du bonheur aux mélomanes. Le 27 novembre 2018, à la faveur du Yaoundé Jazz Festival et à l’instigation de l’ambassade des Etats-Unis, ils ont ressuscité. Le temps d’un soir. Où le jazz a été exploré dans maints de ses nombreuses chambres. Pour le plus grand plaisir de mélomanes sevrés de ces moments où se magnifie la seule chose que l’horreur de l’esclavage aura apporté au monde.

Ce soir-là donc, le Zikus Jazz Quartet était de sortie. Avec des atours artistiques déjà connus certes, mais toujours bien à faire revivre. Jean-Paul Lieutcheu (basse), Thierry Sandjo (piano), Roddy Ekoa (drums) et Anette O’Konnor (chant) ont émerveillé. Dans un style sobre et juste. Où l’harmonie entre les divers instruments a démontré la qualité de ces artistes, requins de studio par ailleurs. C’est en revisitant des standards de la musique africaine que le quatuor a entamé la soirée. Y sont ainsi passé « Malaika » (Miriam Makeba), « Mot’a Benama » (Charles Lembè) ou « Mambanzé » (Anne-Marie Nzié). Des reprises assurées par une O’Konnor des grands soirs et que les mélomanes de jazz de Yaoundé connaissent très bien (elle qui a notamment officié auprès du guitariste et compositeur Mévio de regrettée mémoire), et qui sont venues rappeler les origines de ce grand mouvement musical qui a griffé la marche du monde de son empreinte.

Les deux invités américains Keri Chryst et Jeff Hoffman

Ce premier set achevé, un autre s’est ouvert avec les deux invités du soir : Keri Chryst au chant et Jeff Hoffman à la guitare. Deux Blancs vivant en France et aux USA qui ont remonté aux premières heures du jazz pour gratifier le public de leur compétence artistique. Ainsi, la pédagogue du jazz qu’est Keri n’a pas eu besoin de forcer, et a démontré l’étendue de sin registre vocal qui savait surfer sur les vagues des riffs de son compère tout en en épousant les gammes. Gammes au demeurant sophistiquées et sinusoïdales. Ce qui a permis de savourer l’étendue de la tessiture d’une dame qui a sans doute bluffé plus d’un. Dans ce pont entre la France et les USA, des thèmes des deux bords ont été revisité, et même s’ils étaient parfois inconnus du public, il reste qu’ils étaient exécutés avec sérieux et souvent maestria.

Mais le grand tournant de ka soirée fut le retour de Zikus sur scène avec en complément un Anthony au cœur. Après que le duo d’invités ait proposé un jazz au ras du sol caractérisé par une simplicité et une sobriété dans l’exécution, ces retrouvailles au 3è set allaient amener le public vers des hauteurs. Qui plus est sur une reprise de « Soma Loba », titre culte porté au pinacle des charts mondiaux par un Manu Dibango qui lui-même avait pioché un peu dans la réserve de son maître Daniel Eyango, grand compositeur de gospel alors tout-puissant à Douala où il officiait dans l’une des branches de l’église protestante locale. Le public chauffé retrouva sa verve et accompagna les artistes en reprenant des refrains connus ou alors édictés par Keri, dans une posture à la fois pédagogique et animatrice.

Mathias Tientcheu de l’ambassade des USA remerciant le public.

On eût alors dit que le temps avait suspendu son envol et que la grâce des artistes avait eu raison de lui. Sur ces entrefaites intervint le final un peu brutal. Le plaisir du jazz ayant été partagé, il n’y eût alors personne pour en redemander. Déjà que la salle mal aérée avait laissé des traces de sudation çà et là. Place nette pouvait être faite et le public s’en retourner à ses occupations domestiques, avec l’espoir de revoir bientôt l’ambassade des USA en action. Pour remettre un couvert dont l’agape fut délicieux et soigné.

Parfait Tabapsi

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