Entretiens

Teham Wakam : « Nous voulons être financièrement rentables »

Le fondateur et directeur des Editions Teham basées à Paris dresse le bilan de sept ans d’activité et affiche ses ambitions.

Qu’est-ce qui vous a amené à fonder les Editions Teham ?

Il s’agit d’une démarche et non d’un acte spontané. Mon parcours scolaire et universitaire, je l’ai effectué au Cameroun. Une fois en France, où je poursuivais mes études dans le domaine informatique et robotique, je suis confronté à une autre réalité dans la vie professionnelle. C’est alors que je m’aperçois que ma société d’origine, je ne la connais pas. C’est dans le cadre associatif que je vais commencer mes premières activités culturelles : animation des rencontres avec les auteurs, investissement dans la librairie. Et depuis 2010, je suis dans l’édition. C’est donc un processus qui s’est construit au fur et à mesure compte tenu des contextes à la fois professionnels et culturels.

Qu’est-ce qui vous a décidé finalement à vous lancer en 2010 ?

A cette date, je suis déjà propriétaire d’une librairie. Et dans cette activité, je ne suis pas dans la même démarche que les autres acteurs. C’est en 2010 que je me sens capable d’avancer dans un projet qui est en adéquation avec ce que j’ai envie de proposer. C’est-à-dire proposer quelque chose qui résout un problème auquel je me suis confronté.

Qu’est-ce que cela veut dire quand vous déclinez cela au plan éditorial ?

Cela revient à faire connaître l’Afrique telle qu’elle est. Cela à travers le roman, le théâtre, le conte ou le récit. C’est donner la possibilité aux gens d’avoir des informations sur l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui. Des choses simples comme les naissances ou le mariage ; les façons d’éduquer les enfants, de transmettre les savoirs…

Quand vous faîtes irruption sur une scène éditoriale où vos prédécesseurs ont pour nom Présence Africaine ou Peuples Noirs, quelles sont vos appréhensions ?

Il n’y a ni appréhension ni frustration. Il y a tout simplement le besoin d’apporter sa contribution. Notre mission de ce point de vue c’est de contribuer à enrichir ce que les autres ont fait.

Pour vous le terme Afrique renvoie à quoi ?

Cela se résume pour moi aux régions que je connais le mieux, c’est-à-dire celles où j’ai déjà séjourné et où j’ai rencontré des gens. Cela concerne principalement les zones centrale et occidentale du continent. L’Afrique aussi pour moi ce sont des espaces où il y a du soleil, où on peut passer des moments agréables, où il y a des senteurs que l’on apprécie, où il y a des attachements liés à l’enfance.

Aujourd’hui dans le marigot éditorial parisien, où vous situez-vous ?

Jusqu’à présent, je ne fais pas de comparaison. Je regarde ce qui se fait et m’en inspire. J’apprends beaucoup d’eux. Je suis plus dans une démarche d’apprentissage et non de comparaison. Ce que je vois, j’essaie de l’adapter au projet éditorial qui est le mien. Cela ne m’empêche pas d’avoir des objectifs, comme celui d’être parmi les meilleurs. Mais plus concrètement, nous avons l’objectif de publier un livre tous les deux mois. Un objectif réaliste de notre point de vue car il permet de bien travailler sur un produit culturel. On s’insère aussi dans le paysage en étant en phase avec une réglementation très exigeante, en faisant recours aux meilleures techniques qui soient pour fabriquer nos livres ; on fait également appel aux meilleures compétences pour être le plus concurrentiel possible.

Comment se passe la distribution de vos livres ?

Voilà une problématique des plus importantes.  Nos débuts, on a souhaité travaillé avec les distributeurs classiques, mais nous avons constaté très rapidement que pour travailler avec eux, il fallait qu’ils vous fassent confiance. Cela passe par un catalogue qui doit aiguiser son intérêt financier car nous sommes là dans la dimension commerciale. Nous faisons donc l’auto-distribution et l’autodiffusion en attendant d’étoffer notre catalogue. Concrètement nous faisons des dépôts-ventes chez les libraires spécialisés ici en France ; et puis il y en a avec qui nous travaillons au Sénégal et au Cameroun. Nous utilisons aussi beaucoup internet. Nous faisons aussi des déplacements chez les libraires pour présenter nos livres et en fonction de leur intérêt ils passent des commandes.

Et dans le milieu africain, quel est l’accueil qui est réservée à cette initiative ?

La Une du numéro papier.

Nous sommes satisfaits de l’accueil qui nous est souvent réservé. Il est affectif et chaleureux. Par contre, tout cela n’est pas suivi de l’acte d’achat. Il y a toujours une sensibilité et une certaine émotion qui se dégagent quand nous allons à la rencontre de ces publics-là. Nous orientons notre présence dans les événements organisés par eux ou alors qui appellent leur présence.

Rendu à sept ans d’existence, à quel type de difficultés êtes-vous spécialement confronté ?

On essaie des choses. On connaît les méthodes standards qui sont utilisés (distribution, diffusion, promotion du livre, rapports avec la presse, etc.). Pour nous, ces méthodes ne sont pas efficaces. On trouve donc de nouvelles idées, on innove pour rendre visible et accessible ce que nous faisons. Au bout de sept ans donc, on arrive à surmonter les contraintes liées à la visibilité et à la distribution. Voilà deux difficultés majeures que nous essayons de dépasser au quotidien. Nous avons identifié des événements porteurs et au cours desquels nous serons présents. On va fonctionner ainsi jusqu’au moment où nous pourrons revenir à des méthodes-standard. La difficulté donc c’est d’arriver à un seuil, en termes de volume de livres, où nous pourrons suivre le rythme de diffusion, faire des campagnes de publicité.

Quelles sont vos perspectives à Teham Editions ?

Notre premier objectif à la création qui était de constituer un catalogue nous permettant de nous installer pleinement comme éditeur indépendant n’a pas encore été atteint. Il était étalé sur dix ans. Cela voulait dire au bout de ce temps d’être financièrement rentable ; que la vente prenne en charge aussi bien les droits d’auteur que les frais de fabrication et de structure. Au regard de nos activités aujourd’hui, nous sommes en passe d’atteindre cet objectif majeur, sans les frais de structure.

Vous avez parlé tantôt d’éditeur indépendant. Qu’est-ce à dire pour vous ?

Cela signifie que nous ne dépendons d’aucune structure, qu’elle soit institutionnelle ou financière. Pour le moment, la structure est financée par son fondateur. Indépendant signifie aussi que nous ne souhaitons pas travailler avec des subventions. Nous pensons que le livre est un produit culturel comme un autre, et est capable de se financer. Si nous proposons un projet viable, qui intéresse le public, il n’y a pas de raison que ce soit subventionné. Le projet dont il est question ici étant bien entendu le livre.

Recueilli à Paris par Parfait Tabapsi

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